Le Hatha Yoga vu par une experte: Maeva Morin, professeur de yoga


Hatha signifie la vigueur et l’harmonisation des contraires. Le Hatha Yoga vise l’éveil spirituel par l’enchainement de postures (asanas), le travail du souffle (pranayama) et la méditation.

Le mot sanskrit yoga signifie d’abord « attelage ». On y retrouve l’idée de la main du cocher qui tient les rênes des chevaux pour les contrôler, les discipliner. Le mot yoga apparaît donc comme une « méthode » pour contrôler le mental. Les Yoga Sutras de Patanjali nous disent d’ailleurs que « le yoga est l’arrêt de l’activité automatique du mental »[1]

Un peu d’histoire…

Le Hatha Yoga est une forme de yoga apparut en Inde vers le XIIème siècle de notre ère et codifié dans le Hatha Yoga Pradipika composé par Yogi Svātmārāma au XVème siècle. De part l’accent mit sur le travail du corps, le Hatha Yoga s’est largement diffusé en Occident au début du XXème siècle, notamment grâce à de grands yogis tels que Krishnamacharya, son fils T.K.V Desikachar ou encore B.K.S Iyengar. Même si le yoga est aujourd’hui largement présenté en Occident comme une pratique d’hygiène corporelle favorisant le bien être, son but originel reste un cheminement spirituel, l’enchainement des asanas devant conduire à un état d’intériorisation.

Cheminer vers la méditation

Dans les Yoga Sutras, Patanjali parle de « la posture » au singulier. Asana dérive de la racine sanskrite ÂS, être assis, s’asseoir. Frans Moors[2], dans sa traduction et commentaires des Yoga-Sutras dit que « la pratique posturale se mesure en termes d’assise intérieure ». L’enchainement des asanas permet donc d’amener le yogi à cet état d’assise intérieure et de préparer physiquement le corps à la méditation. Cette dernière est souvent inconfortable pour le débutant qui s’y essaye, surtout pour des corps occidentaux habitués à être assis sur des chaises. Rapidement une sensation de gêne et parfois des douleurs vient perturber l’installation d’un état intérieur qui requière à la fois vigilance et lâcher-prise sans volontarisme.

Or l’état de méditation ne peut être atteint que lorsque l’on cesse de faire l’effort de s’asseoir, le fameux sthrira sukha, l’aisance et la fermeté dans la posture. Le professeur auprès de qui je me suis formée avait l’habitude de nous dire « lourd en bas, léger en haut », un socle solide qui permet une respiration ample et fluide dans l’assise méditative.

L’avis de l’expert : Témoignage de Maeva Morin

Je suis venu au yoga sur les conseils d’un ostéopathe pour soulager des douleurs dorsales. J’ai découvert alors un principe fondamental au cœur de ma pratique et de mon enseignement : « c’est le yoga qui s’adapte à l’élève et non l’élève qui s’adapte au yoga ». Cette phrase de krischnamarcharuya sous-entend que le yoga est ouvert à tous, le seul critère de départ est l’envie d’essayer. Au travers de ce principe, le yoga m’a permit de cultiver la bienveillance à l’égard de mon corps, faire avec le corps que j’ai sans le forcer. Notre corps est à l’image de la vie, sans cesse en mouvement, « Il n'existe rien de constant si ce n'est le changement » nous dit le Bouddha, cela est vrai pour notre corps qui peut s’installer aisément dans une posture un jour et le lendemain résister. Il ne s’agit pas alors d’aller contre lui mais de cheminer avec le souffle, d’être à l’écoute de ses possibilités et des ses limites.

Le Hatha Yoga permet de travailler en douceur dans des postures exigeantes sans forcer et sans volontarisme. Le fait de rester sur plusieurs respirations dans les postures permet au corps de lâcher des résistances et progressivement le pratiquant observe qu’il a gagné des millimètres de muscle. J’aime cette idée de redonner au corps sa hauteur et sa largeur, sa grandeur finalement. S’installer dans une posture sur plusieurs respirations permet d’ailleurs de se laisser trouver par son souffle. La respiration est tellement naturelle que l’on oublie parfois à quel point elle est fondamentale et bénéfique. Or, dans la tradition chinois, le Souffle (qi) est l’énergie vitale qui anime tout l’univers et qui donne vie à toute chose et à tout être.

Dans mes séances, je travaille « en fil d’or » c’est-à-dire que chaque posture en amène une autre de manière fluide. Soit, je commence debout et nous cheminons vers les postures allongées, soit, je commence allongé et nous cheminons vers les postures debout pour revenir progressivement à savasana. Pour moi, la séance de yoga est comme une danse méditative où l’attention est portée à chaque geste dans la posture elle-même mais aussi dans les transitions qui sont aussi importantes pour moi. Cette conscience du geste conduit vers l’assise méditative.
Je travaille aussi avec l’énergie des saisons qui impacte sur l’énergie corporelle. Par exemple le Printemps, saison symbolisée par l’élément « vent » nécessite un renforcement des poumons, en ce moment je propose donc davantage d’exercice de pranayama.

Le Hatha Yoga est pour moi une pratique simple et humble où l’esprit du débutant est appelé à se manifester à chaque séance. Il permet à chacun de partir à la rencontre de son monde intérieur tout en retrouvant espace et fluidité dans son corps.

 

Retrouvez les conseils de Maeva Morin sur sa pratique sur son blog

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Ainsi que ses conseils pour choisir son tapis de yoga et son équipement.

 

[1] Yoga-Sutras de Patanjali, traduction et commentaires de Françoise Mazet, Albin Michel, 1991

[2] Frans Moor, Patanjali Yoga-Sûtra, Les cahiers de Présence d’Esprit, 2001


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